Syndrome de l'imposteur au travail : pourquoi il existe et comment le gérer

As-tu déjà eu l'impression de ne pas être à ta place là où tu travailles ? D'être arrivée là par hasard, comme si tes succès avaient été surestimés ? Comment réagis-tu quand on te félicite pour la réussite d'un projet, l'obtention d'un nouveau poste ou d'une promotion ?

Si tu as tendance à attribuer systématiquement ta réussite au hasard, à un collègue ou à ton supérieur hiérarchique, ou si tu minimises tes succès en permanence, tu es très probablement concernée par le syndrome de l'imposteur. Rassure-toi : tu n'es pas seule. Des études montrent qu'entre 62 et 70 % de la population française, hommes et femmes confondus, ont déjà été touchés par ce trouble.

Moi-même, j'ai longtemps pensé que je n'avais rien à faire là où je me trouvais, qu'on allait « découvrir la supercherie » et me virer parce que je ne valais rien.

À l'époque, plutôt que d'apprendre à gérer ces pensées, je les ai laissé me paralyser complètement. Je ne croyais plus en moi, je multipliais les heures de travail pour tenter de me convaincre (et de convaincre les autres) que je méritais ma place, sans pour autant être plus efficace. Résultat: épuisement, stress, anxiété… jusqu’au burn-out.

Dans cet article, je te propose de revenir sur ce trouble, non pas pour te faire croire qu'on peut totalement s'en « débarrasser » (ce n'est pas tout à fait possible, tu vas comprendre pourquoi), mais pour en comprendre le mécanisme et apprendre à le gérer sans qu'il te paralyse.

Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur?

Le syndrome de l'imposteur a été théorisé pour la première fois dans les années 1970 par les chercheuses américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Dans l'une de leurs études les plus citées, The Imposter Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention (1978), elles ont interrogé 150 femmes brillantes (doctorantes, reconnues dans leur milieu professionnel ou académique) qui, malgré un niveau d'excellence réel, ne se percevaient pas comme ayant « réussi » dans leur domaine. Au contraire, elles ressentaient un profond malaise et se voyaient comme des imposteures, convaincues d'avoir trompé leur entourage sur leur véritable niveau de compétence.

Ce sentiment se traduit généralement par plusieurs symptômes :

  • de l'anxiété

  • un manque de confiance en soi

  • une frustration liée à l'incapacité d'atteindre des standards de réussite que l'on s'impose soi-même.

En France, les psychiatres Christophe André et François Lelord ont largement abordé le sujet dans leur ouvrage L'estime de soi. Ils soulignent que ce trouble, transitoire ou chronique, pousse les personnes concernées à s'interroger en permanence sur leur légitimité et à redouter de commettre une erreur qui « démasquerait » leur incompétence supposée aux yeux de tous.

D'où viennent ces pensées?

Les pensées liées au syndrome de l'imposteur ne sont ni plus ni moins que des pensées automatiques : ces petites voix intérieures qui te paralysent et te font croire des choses négatives sur toi-même, sur les autres, ou sur le monde qui t'entoure.

Ces pensées automatiques apparaissent dès que ton cerveau détecte une nouveauté, quelque chose d'inconnu que tu souhaites tenter, ou qui sort de ta zone de confort. Or ton cerveau a pour mission première de te maintenir en vie. Il n'aime pas sortir de sa zone de confort. Cette réaction vient d'une partie très ancienne de ton cerveau, le cerveau reptilien, hérité de la préhistoire, période durant laquelle l'être humain était en permanence en mode survie.

À l'époque, sortir de sa caverne pouvait être littéralement dangereux : on pouvait y croiser un mammouth ou un prédateur. Aujourd'hui, quand tu envisages de dire ou de faire quelque chose qui te sort de ta zone de confort (même si c'est simplement prendre la parole en réunion ou postuler à une promotion) ton cerveau envoie le même signal d'alarme qu'il y a des centaines de milliers d'années. Il n'y a pourtant plus aucun mammouth au bureau, mais ton instinct de survie, lui, n’a pas reçu l’info.

Peut-on se « débarrasser » du syndrome de l'imposteur ?

Pas complètement… et c'est une bonne nouvelle! En effet, on ne peut pas empêcher le cerveau de fonctionner. En revanche, tu peux apprendre à gérer les pensées qu'il produit, différemment. Après tout, c'est ton cerveau, ce sont tes pensées : c'est donc toi qui décides de la place qu'elles occupent.

Voici six leviers concrets, que j'utilise moi-même et que je transmets régulièrement en séance de coaching.

1. Remémore-toi pourquoi tu es là

Si tu doutes encore de ta place, demande-toi concrètement pourquoi tu as obtenu ton poste. Un exercice utile lorsque tu viens d'être recrutée : pose directement la question au recruteur. Qu'est-ce qui a fait la différence entre toi et un autre candidat ? Pourquoi as-tu été choisie ?

Note les réponses. Nous avons tous tendance à nous focaliser sur le négatif plutôt que sur le positif. C'est en prenant l'habitude de reconnaître ce que tu as bien fait (en entretien comme au quotidien) que tu modifies durablement ton dialogue intérieur.

2. Entraîne-toi à te parler positivement

Plutôt que de te dire « J’ai une journée de l'enfer qui m’attend, ça va être horrible », essaie plutôt: « Aujourd'hui j'ai une grosse journée, mais je vais faire de mon mieux pour y arriver ». Ce n'est pas de la pensée positive naïve : c'est un entraînement, comme un muscle qu'on renforce petit à petit.

3. Relativise

Beaucoup de mes clientes mettent leurs collègues sur un piédestal ou se comparent en permanence à eux. Or se comparer aux autres n'aide jamais. Imagine les débuts, probablement chaotiques, de la personne qui semble aujourd'hui réussir tout ce qu'elle entreprend. Peut-être qu'elle a galéré comme toi il y a deux, cinq ou dix ans. Peut-être même que sa confiance affichée n'est qu'une façade.

Personne n'est né en sachant faire son métier. Il y a forcément, quelque part, des personnes qui rencontrent les mêmes difficultés que toi.

4. Ne cherche pas à être parfaite

Ton objectif n'est pas d'être parfaite, mais d'être efficace. Fais de ton mieux: c'est déjà énorme. Et garde en tête que, si tu as l'impression que tout réussit aux autres, tu es peut-être toi-même perçue comme quelqu'un à qui « tout réussit » par une autre personne. On est toujours le modèle parfait de quelqu'un d'autre.

5. Personnalise cette petite voix

Tu ne peux pas supprimer tes pensées automatiques : c'est ton cerveau qui fait son travail, celui de te protéger. Inutile de lutter frontalement contre lui. En revanche, tu peux t'approprier cette voix intérieure en lui donnant une forme concrète et un peu ridicule : un personnage, une caricature, un prénom que tu n'aimes pas.

L'idée est simple : quand cette pensée arrive, reconnais-la pour ce qu'elle est (une petite voix un peu absurde, pas une vérité absolue) et « installe-la » mentalement quelque part : dans un coin de la pièce, sous la table... L'objectif n'est pas de la supprimer, mais de la mettre à distance. Si ton cerveau se sent à nouveau menacé, elle reviendra… et c'est normal. À toi de rester aux commandes pour ne pas être paralysée.

6. Reviens dans ton corps

Quand tu es trop absorbée par tes pensées, tu oublies souvent de bouger. Si possible, va marcher, même juste pour faire le tour du bureau. Si tu es bloqué·e en réunion, un exercice d'ancrage simple peut suffire : ramène ton attention sur tes pieds, sens leur contact avec le sol, pose tes mains sur tes cuisses ou sur la table, fais un rapide scan corporel et concentre-toi sur ta respiration. Boire un verre d'eau peut aussi t'aider à revenir au moment présent.

Ce qu'il faut retenir

Le syndrome de l'imposteur ne disparaîtra probablement jamais totalement, à moins de t'entraîner à vivre avec, mais différemment. C'est toi qui décides de la place que cette petite voix occupe dans ta tête et dans ta vie professionnelle. Avec de l'entraînement, tu apprends à l'apprivoiser.

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